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Deuxième partie – Ferdinand Berthoud et le rêve d'une Académie horlogère

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Le projet d’« Académie d’Horlogerie » conçu par Ferdinand Berthoud est fortement inspiré de la Société des arts. Réunissant artisans et scientifiques, celle-ci avait osé défier le pouvoir de l’Académie des sciences dans le domaine de l’expertise technique. 

Comme Ferdinand Berthoud le reconnaît, le modèle de son projet d’« Académie d’horlogerie » est la Société des arts, institution devenue une référence mythique dans les milieux artisanaux parisiens des années 1760 [1]. Probablement constituée sous l’impulsion de l’horloger anglais Henry Sully et placée sous le patronage du jeune Comte de Clermont, son existence est cependant de courte durée : ses activités s’étendent entre 1726 et le milieu des années 1730. Elle compte une centaine de membres, parmi lesquels se trouvent des associés de l’Académie des sciences. À la différence de cette dernière, la Société des arts réunit à la fois gens du métier (horlogers, émailleurs, orfèvres, sculpteurs, graveurs, médecins, etc.) et savants (mathématiciens, astronomes, physiciens, etc.). Circonstance exceptionnelle, elle rassemble également des manufacturiers.

Le dessein de cette assemblée unique en son genre est de faire dialoguer la théorie et la pratique, voire même de les unir : développer le savoir scientifique de manière pragmatique afin de contribuer à l’avancement des connaissances, notamment techniques. Ainsi, la Société des arts met à disposition des artisans un espace d’échange plus démocratique que celui de l’Académie des sciences, dont les praticiens et les manufacturiers sont exclus par principe. Le Comte de Clermont finance la remise de deux prix par année, deux médailles d’une valeur de 300 livres. L’organisme offre également un service d’expertise, puisqu’elle faisait examiner à ses frais machines et instruments. Cette tâche, comme nous l’avons vu auparavant, incombe plutôt aux savants de l’Académie des sciences. La pression exercée par l’Académie, dont plusieurs membres n’apprécient guère la concurrence de la Société des arts, est certainement l’une des causes du déclin rapide de cette dernière.

Il n’est alors pas étonnant que les activités de la Société des arts fascinent Ferdinand Berthoud, ainsi que le monde horloger de son temps. Les horlogers tiennent d’ailleurs un rôle de premier plan au sein de la Société. Si Sully est l’un des fondateurs, Julien Le Roy l’a présidée pendant plusieurs années. Parmi ses membres figurent également le fils de Julien, Pierre, ainsi que le Bâlois Enderlin, Pierre Gaudron, horloger du Duc d’Orléans, Jean-Baptiste Dutertre ou encore Andrieu, avocat de la corporation horlogère parisienne.

Dès lors, le projet d’une « Académie d’Horlogerie » constitue en quelque sorte l’espoir de la renaissance de la Société des arts et des valeurs égalitaires et scientifiques qu’elle incarnait. Selon Berthoud, plusieurs de ses confrères et « Artistes intelligents » sont prêts, dès les années 1750, à s’investir pour concrétiser ce projet monumental ; il cite Julien Le Roy et Antoine Thiout [2]. Toutefois, le projet périclite en raison de conflits personnels entre certains maîtres horlogers ; Berthoud ne donne pas plus d’explications à ce sujet.

Il ne nous reste donc qu’à nous interroger sur le destin de cette « Académie d’Horlogerie », si elle avait pu voir le jour. Elle aurait probablement représenté un moment clé de l’histoire horlogère du dix-huitième siècle, dont nous ne pouvons, à l’instar de Berthoud, que rêver aujourd’hui.


Légendes

1)      Sébastien Leclerc, L’Académie des sciences et des Beaux-Arts, gravure sur cuivre, 1698. Metropolitan Museum of Arts, New York.

2)      Sébastien Leclerc, L’Académie des sciences et des Beaux-Arts, gravure sur cuivre, 1698, détail. Metropolitan Museum of Arts, New York.

3)      Sébastien Leclerc, L’Académie des sciences et des Beaux-Arts, gravure sur cuivre, 1698, détail. Metropolitan Museum of Arts, New York.

4)      Julien Le Roy, Horloger du Roy, Ancien Directeur de la Société des Arts, gravure sur cuivre, gravée par Pierre-Etienne Moitte d’après un portrait perdu réalisé par Jean-Baptiste Perronneau, non datée. Bibliothèque nationale de France, Paris.



[1] Ferdinand Berthoud, « Discours préliminaire sur l’horlogerie » in : Essai sur l’horlogerie, 1763, vol. 1, p. xlvj

[2] Ferdinand Berthoud, « Discours préliminaire sur l’horlogerie » in : Essai sur l’horlogerie, 1763, vol. 1, p. xxxiv.